Les errements de Mélenchon et de la France insoumise [un PS « born again»] ne vont plus tarder à faire leur effet…

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Dans ce billet, je reviens sur les manifestations d’enthousiasme exprimées par les huiles de la France insoumise devant la perspective de reconstituer la famille socialiste et je vais plus loin. Je commence par sortir du bac à sable ou du cercle familial pour aller plus loin, oui un peu plus loin…

Le sommet de la France insoumise se réjouit ouvertement de la perspective de reconstituer une grande famille avec les débris du Parti Salopard

Bac à sable plastique SOULET, vert, L.87 x l.78 cm | Leroy ...Le nuisible Manuel Bompard exprime, sans pudeur, tel un exhibitionniste pervers, sa grande jouissance à voir les débris du Parti Salopard être sur le point de rejoindre la France insoumise.

En dépit qu’il soit prétendument un génie, il aura mal compris les déclarations de Maurel et Lienemann. Ces deux baltringues ont très distinctement annoncé qu’ils allaient fonder « leur » parti avec le MRC, et non rejoindre la France Insoumise.

Le rapprochement qu’ils évoquent avec la France Insoumise ne se ferait que par le biais d’un nouvel avatar du « Front de Gauche » que Marie-Noëlle Lienemann souhaiterait appeler « Front du peuple ». Elle n’a aucune originalité puisqu’elle ne fait que reprendre ainsi les termes que Mélenchon lui-même utilisait au temps révolu du Front de Gauche. Est-ce volontaire ? Est-ce un acte conscient ? Si même c’était le cas, elle aura mis le temps pour juger Mélenchon digne d’être rejoint…

Si Maurel et Lienemann avaient voulu faire oeuvre utile, ils auraient quitté le PS il y a des années, et pas seulement aujourd’hui. Ils ne le font plus que le jour où il est devenu évident que leur parti n’existe plus que sur le papier et qu’il va s’éteindre définitivement à la prochaine élection.

Mélenchon, lui, aura au moins eu le courage – ou la vista politique – de rompre les rangs il y a dix ans déjà ! Oui, dix ans !

Depuis dix ans, Maurel et Lienemann se sont tout avalé des pires politiques régressives tous azimuts mises en oeuvre par le Parti Salopard au pouvoir. Et c’est à peine s’ils ont grogné !

Ces deux-là et tous les débris qu’ils peuvent entraîner dans leur sillage ne sont que des déchets toxiques.

Pour beaucoup de membres de la France insoumise et a fortiori pour beaucoup de déjà ex-membres de la France insoumise, c’est NI OUBLI NI PARDON

À lire cela, vous pourriez vous dire que je parle comme si j’étais encore un membre de la France insoumise, et que l’arrivée prochaine – éventuelle – de Maurel, Lienemann et de leur sillage me contrariaient ou m’inquiétaient.

Mais beaucoup d’entre vous savez déjà que j’ai acté la rupture avec ce mouvement il y a maintenant quelques semaines, et que chaque jour qui passe me renforce dans la certitude que j’ai bien fait de fuir ce machin qui n’a plus rien à voir avec ce qu’il avait vocation à être, ni avec ce que ses fondateurs avaient annoncé qu’il serait.

Le Numéro 1 de la FI, malgré parfois des fulgurances, n’a jamais cessé de jouer le chaud et le froid, de dire une chose un jour et le lendemain, si ce n’est son contraire, du moins une chose assez différente dans son contenu, ses fondements ou sa portée. Par ailleurs, contrairement à ses discours enflammés sur la démocratie, le pouvoir du peuple, la révolution citoyenne, lui seul et sa cour décident de l’essentiel. Les Insoumis ont toute latitude pour décider des actions locales mais ils doivent bien rester claquemurés dans un étroit périmètre d’action car dès lors qu’ils veulent agir comme citoyens libres et comme acteurs du projet ou de la stratégie, alors on les « dégage ». Et pour se justifier aux yeux de la masse, on les présente comme des ennemis. Et ça marche ! Enfin de moins en moins tout de même car le nombre d’Insoumis qui ouvrent les yeux grandit chaque jour. Mais les responsabilités sont bien réparties : ceux d’en haut ont seul le droit de décider des choses importantes, la masse d’en bas, elle, n’est là que pour faire le boulot de base…

Certains espèrent encore peser et s’organisent de différentes façons pour faire changer les choses de l’intérieur. Je rigole sous cape et parfois ouvertement car cela sera aussi efficace que les changements de l’intérieur ont pu se faire au PS ou au sein de l’UE…

D’ici peu ces naïfs-là auront compris que tout est verrouillé par le Roi et sa petite cour.

Mais si au moins cette cour était faite de talents… Or on en est bien loin ! Certes il y en a des talents mais ils sont toujours « seconds » et sous les ordres ou la « coordination » – et oui c’est mieux de le présenter ainsi pour ne pas heurter certaines chastes oreilles… – de « premiers » qui ne ressemblent pas vraiment à ces « premiers de cordée » à qui on confie sa vie en haute montagne. Et ceux qui dirigent, sinon de droit – puisqu’il nous est répété qu’il n’y a pas de direction – du moins de fait, ne cherchent nullement à rendre le pouvoir au peuple et à changer la vie pour le meilleur car cela impliquerait des ruptures qu’ils refusent. L’Histoire se répète… Ces gens-là ne sont que des bonimenteurs qui font comme si, qui font croire qu’ils sont déterminés à bousculer le système alors qu’en fait, on voit bien que la seule chose qui les intéresse est d’exister dans les institutions de la 5e République en France, et dans les institutions du capitalisme en Europe et au-delà.

La plupart des Insoumis étaient encore attachés au principe de représentation mais je crois bien que chaque jour qui passe, ce principe perd de sa superbe, entamé qu’il est après chaque déception, chaque trahison, chaque désillusion. Les hommes et les femmes qui nous représentent en droit ne nous représentent que fort mal en fait. J’ouvre une parenthèse : je ne cible pas les députés insoumis par ces propos qui ont une portée bien plus large. D’ailleurs, je veux bien admettre que les députés (et députées) de la France insoumise ont donné beaucoup d’eux-mêmes depuis un peu plus d’un an. Mais après tout, c’est leur rôle. Ils ont été élus et sont payés pour cela. On ne va pas non plus leur tresser des couronnes d’avoir fait ce qu’ils sont sensés faire. Les remercier sincèrement suffira. Je ferme la parenthèse et je reviens à ce que je disais. Chaque élection qui passe rend plus évident aux yeux de tous que le système électoral n’est qu’un piège puisque quel que soit le sens de notre vote, il est ignoré.

Mélenchon, pour avoir refusé, depuis un an et demi, de suivre la stratégie qui a failli le faire élire Président de la République, et pour lui avoir préféré un retour au bercail socialiste, a lui-même préparé son sabordage et en même temps celui de la France insoumise qui finira soit comme le PS, soit comme le Front de Gauche.

Comme principal reproche à adresser à Mélenchon, on peut donc considérer le fait qu’après avoir été le meilleur, depuis des décennies, pour parler au nom du peuple et pour porter ses représentants apparemment les plus conséquents au seuil du pouvoir, il aura été le plus efficace dans la destruction, en quelques mois à peine, de tout ce qui prit des années à être édifié.

Finalement, Mélenchon aura fait mieux que Tsipras ! En effet, si notre ancien ami Grec aura trahi ses électeurs une fois qu’il aura exercé quelques mois le pouvoir, Mélenchon, lui, aura tout fait, et avec succès, pour qu’il n’accède pas au pouvoir. Et il se sera également employé méticuleusement à ce que personne de son camp n’y accède après lui ! Car les choses étant aujourd’hui ce qu’elles sont, je ne vois pas une majorité élire Mélenchon à une élection présidentielle, anticipée ou non, et pas plus un autre ou une autre que lui se réclamant de la France insoumise. Je ne citerai aucun nom pour ne heurter personne mais certains auront compris…

La contrainte du régime français

Dans un système authentiquement parlementaire (comme c’est le cas de la plupart des pays de l’UE), Mélenchon et sa France insoumise auraient pu espérer peser sur les politiques menées par le pouvoir en place. Et succéder à celui-ci à la première crise politique. Mais la 5e République, régime mixte, ne le permet pas. Surtout dans sa version actuelle, assez profondément dévoyée en comparaison de ce qu’était le régime issu de 1958.

Avec d’une part l’élection au suffrage universel direct du Président de la République décidée en octobre 1962, avec d’autre part le passage au quinquennat et l’inversion du calendrier électoral – faisant précéder la Présidentielle sur les Législatives – l’esprit du régime a changé assez radicalement. En outre, les pratiques politiques ont fini de transformer ce régime. Le principal fondateur du régime et premier Président de la République, le général De Gaulle, était indubitablement un Président autoritaire et, lui aussi, un peu monarque sur les bords (euphémisme) mais il a au moins eu cela de remarquable qu’il ne resta au pouvoir que le temps pendant lequel il avait la preuve du soutien populaire. Chacun sait qu’il n’attendit pas un seul jour pour se démettre, de lui-même, quand le peuple lui refusa sa confiance. Or, aussi bien juridiquement que politiquement, le désaveu du référendum de 1969 ne le contraignait en rien à démissionner. Le régime était conçu de manière à ce que le Président soit assez fort pour s’imposer, au moins jusqu’au terme de son mandat prévu en 1972. S’il s’était maintenu, on doute que la majorité en place l’aurait contesté de manière assez ouverte pour le menacer vraiment. Elle aurait attendu son tour, en 1972. Tout au plus aurait-on alors vu quelques godillots plus ou moins « gaullistes » sortir de la masse du troupeau pour oser faire entendre une voix dissonante et donner des coups de hache dans le « chêne » au moment où ce dernier donnait des signes de faiblesse parce que se rapprochant de la fin de son « règne ». Mais la question n’eut pas à se poser puisque le « chêne » tomba de son propre chef.

Or nous ne sommes pas en régime parlementaire et nous ne sommes pas non plus en régime présidentiel, car, dans ce cas, si le Président est puissant, le Parlement l’est aussi. Le Parlement pourrait alors faire passer des lois indépendamment de la volonté du Président, et l’Exécutif serait sans doute bien plus menacé qu’il ne l’est sous la 5e République. Le fait est que notre régime mixte n’a aucun des avantages des deux types de régime, mais cumule par contre la plupart des inconvénients du régime parlementaire et du régime présidentiel.

Mélenchon n’a manifestement pas compris – et personne autour de lui non plus, ou bien personne autour de lui n’a réussi à l’en convaincre à ce jour, puisque rien n’est fait pour se mettre en position de l’emporter à la prochaine élection présidentielle – qu’en 5e République, la seule élection qui compte est la Présidentielle. Et que ce qu’il est indispensable de faire pour la gagner n’a pas grand chose à voir avec ce qu’il faut faire pour emporter une élection générale en régime strictement parlementaire. En outre, le mode de scrutin a une influence prédominante. Selon que l’élection se fait au scrutin majoritaire ou au scrutin proportionnel, à un seul ou à deux tours, les stratégies à mettre en œuvre ont peu en commun. Si, en régime strictement parlementaire et avec un mode de scrutin proportionnel, il est inutile d’atteindre la majorité absolue et qu’une majorité relative de 25 ou 30% peut suffire pour accéder au pouvoir, en revanche en scrutin majoritaire, il faut, le plus souvent, obtenir la majorité absolue. Évidemment, le principe susvisé connaît des atténuations et adaptations selon la manière dont sont mixées les différentes modalités offertes au peuple pour exprimer sa volonté lors du suffrage.

Disons qu’en France, le système étant ce qu’il est, et sauf à imaginer que ce système allait s’effondrer à bref délai, après que Mélenchon ait raté l’accès au second tour, le peuple français, s’il avait été mieux informé, aurait dû savoir certaines choses essentielles et agir en conséquence. Et il relevait de Mélenchon et de la France insoumise de faire également les bons choix. Sur les deux points, hélas, l’échec fut patent.

1/ Le choix pour le second tour

Les Français auraient dû avoir bien à l’esprit que l’élection de Macron ne pouvait que nous amener le pire alors que celle de Marine Le Pen ne pouvait que conduire à précipiter la chute du régime par une révolte massive et ouverte du peuple.

On ne peut écrire l’histoire qui ne s’est pas produite mais on peut raisonnablement en imaginer les grands traits. Si à 20h00, les résultats annoncés avaient consisté en l’élection de Marine Le Pen, le peuple serait descendu dans les rues par millions. Des vagues de citoyens auraient choisi la désobéissance civile tandis que d’autres auraient déclenché des émeutes partout en France. La crise de régime aurait été ouverte et le pouvoir sortant aurait pu, en une telle période de crise majeure, se maintenir quelques temps, quitte à user de l’article 16. Je ne dis pas là que c’est le scénario que j’aurais souhaité voir, j’exprime ce qui aurait pu exister. Je ne suis pas sur le terrain du désir refoulé mais de l’analyse.

Et si Marine Le Pen avait été finalement investie pour de bon, le peuple, j’en suis certain, se serait montré réfractaire et chaque jour, de nouveaux résistants auraient pris le maquis. Pendant le mois qui aurait précédé les élections législatives, elle n’aurait rien pu faire que de symbolique et jamais elle n’aurait eu de majorité à l’Assemblée Nationale car les oppositions auraient alors trouvé le moyen de la bloquer d’office. Désavouée à peine un mois après son élection, elle aurait été contrainte d’accepter de cohabiter avec une majorité très hostile qui aurait tout fait pour la contraindre à démissionner. Sans doute avec succès. Suite à la seconde élection présidentielle, une tout autre histoire aurait sans doute été écrite.

2/ La possibilité d’une cohabitation et d’une autre majorité

Malgré l’élection de Macron, on pouvait encore transformer le Président Macron en un Président impuissant, à l’occasion des élections législatives de juin. Il suffisait pour cela que toutes celles et tous ceux qui avaient voté Mélenchon au premier tour de la présidentielle, et quel qu’ait été leur vote ou leur non-vote au second tour, participent dans les mêmes proportions aux élections législatives, en votant pour les candidats insoumis, pour que la majorité de Macron soit des plus faibles, voire qu’il y ait une autre majorité.

Les circonstances politiques du moment permettaient rationnellement de penser que la majorité sortie des urnes pouvait être de la France Insoumise. Peut-être de très peu mais cela était envisageable. C’est la démobilisation massive et irresponsable des électeurs qui est la cause principale du désastre, même si d’autres facteurs ont également joué.

D’une part, c’est le phénomène le plus marquant, l’abstention a fortement augmenté, et c’est largement dans notre camp que les électeurs sont allés à la pêche ou se sont éparpillés sur différents candidats. Ainsi, le rassemblement qui s’était fait derrière Mélenchon au premier tour de la Présidentielle a explosé aux Législatives. D’autre part, tous les communistes qui se présentèrent contre les candidats FI prirent une énorme responsabilité dans l’échec. Ces communistes-là, j’assume le terme, sont largement coupables d’avoir rogné les ailes des candidats FI. Mais il est vrai aussi que beaucoup d’électrices et d’électeurs qui avaient voté Mélenchon à la présidentielle n’étaient pas de notre camp et n’ont donc pas voté pour les candidats FI aux Législatives.

Ci-dessus, j’ai parlé de ce que le peuple aurait dû faire et de ce que certains politiques « amis » n’auraient pas dû faire.

Mais il y avait aussi, cette fois de la part de Mélenchon et de ses amis, certaines choses essentielles à faire et d’autres à ne surtout pas faire, pour maintenir la masse de gens qui lui avaient fait confiance et pour faire grandir ce nombre.

3/ Une élection truquée

Mélenchon aurait dû prendre position sur les nombreuses irrégularités constatées et rapportées lors du scrutin du 1er tour. Il aurait dû monter au créneau, aller contester devant le Conseil Constitutionnel ces irrégularités massives de nature à fausser l’authenticité du scrutin. Je ne développe pas ici les éléments factuels et juridiques sur ces trucages car je me suis déjà plusieurs fois exprimé.

Donc Mélenchon n’a rien fait. Il a accepté les résultats officiels sans piper mot. Erreur colossale ! Certains, alors, ont commencé à se demander si Mélenchon était vraiment taillé pour le rôle d’opposant historique !

4/ La consultation pour le choix du second tour de la présidentielle

Puisqu’il a été décidé d’organiser une consultation sur ce qu’il était opportun de faire au second tour de la présidentielle, il n’aurait jamais fallu admettre, comme choix possible, de voter Macron. Nous savions à quoi nous attendre avec le préposé de la finance. Lui apporter le moindre soutien ne pouvait que renforcer sa légitimité, indépendamment de tout ce qui serait dit par les « castors » pour se donner bonne conscience. Beaucoup ont alors – et parmi des personnalités de poids – dénoncé le fait de rendre acceptable ou même de laisser entendre que serait efficace le principe du barrage. De grands intellectuels comme des Insoumis ordinaires et des tas de Français non insoumis mais tout autant indociles, savaient que Macron élu, quelles que soient les conditions de son élection, et la force du soutien qu’il aurait obtenu, allait nous faire « cracher du sang » comme le disait Mélenchon. Alors il ne fallait pas élire notre bourreau. Quitte à ce que ce soit l’autre qui l’emporte. Je renvoie à ce que j’ai dit plus haut sur le sujet.

Pour cette consultation, il n’était acceptable que de proposer deux choix : abstention et vote blanc. Chacun de ces deux choix avait sa légitimité. Je me suis expliqué plusieurs fois à l’époque sur ma propre décision de m’abstenir. Et si j’ai fait ce choix que je préférais de beaucoup au vote blanc, je considérais toutefois que le vote blanc était honorable. Si Mélenchon et les leaders de la France insoumise, au lieu de finasser, au lieu de laisser planer un suspense qui n’en était pas vraiment un, voire de dire ouvertement qu’ils voteraient contre Le Pen – et donc voteraient Macron – avaient fait campagne pour les deux options du refus, peut-être là encore que l’histoire aurait été différente.

Toutes celles et tous ceux qui ont voté Macron partagent donc avec ses soutiens assumés, tout ce qui a été fait par lui. C’est dur à entendre mais on ne peut faire comme si ça n’avait pas eu lieu. Ils ont cautionné et légitimé, fut-ce à leur corps défendant, ce qui se fait depuis un an et demi.

Que certains le regrettent amèrement aujourd’hui, c’est bien le moins. Mais nous ne sommes pas des curés ayant mission de pardonner. Ils ont fait leur choix et ont contribué à donner raison à ce slogan, là encore cher à Mélenchon : « Si vous faîtes les moutons, vous serez tondus. » Il leur revient aujourd’hui de faire leur examen de conscience et de prendre la décision de ne jamais plus faire les moutons. Or, hélas, j’ai de sérieux doutes sur cette détermination. Certains semblent avoir vocation à réitérer sans cesse les mêmes bévues. Par exemple, en applaudissant aujourd’hui, comme ils l’ont fait si souvent hier, l’arrivée prochaine des débris du PS…

5/ Le positionnement stratégique de Mélenchon et de la France insoumise

Non contents de s’abstenir de ruer dans les brancards au soir du 1er tour de la Présidentielle qui a été truqué, non contents de valider comme honorable le choix de voter Macron au second tour de la Présidentielle, Mélenchon et ses amis vont assez vite, dès l’automne 2017, par petites touches puis à plus gros traits, faire comprendre que désormais il convenait de recréer des liens avec la « famille socialiste ». Ceci était en opposition frontale avec la stratégie indépendantiste de la France insoumise. Et cela entrait en conflit direct avec ce qui avait conduit tant d’Insoumis à rejoindre la FI, et tant de Français à voter Mélenchon au premier tour de la Présidentielle. Depuis les premières tentatives de la fin de 2017, presque un an s’est écoulé, et ces dernières semaines, et ces derniers jours, ont fini par montrer que c’était bel et bien la stratégie du moment. Au point que certains – y compris parmi les personnalités importantes gravitant autour de Mélenchon et de la FI – s’en sont émues publiquement, et pour certaines d’entre elles, se sont mises en retrait de la FI.

Outre cette infamie-là, Mélenchon et la France insoumise ont décidé de mettre beaucoup d’eau dans leur vin insoumis face à l’UE, cela pour que soit possible l’alliance avec Podemos pour l’élection européenne. Là encore, bien d’autres que moi, y compris parmi les leaders de la FI ou les amis de Mélenchon, ont donné de la voix pour dénoncer cet affadissement de notre discours et de notre projet. Mais sur ce sujet comme sur d’autres, il n’y a que les aveugles ou les éternels naïfs pour ne pas vouloir admettre l’évolution majeure qui été décidée en haut lieu. Déjà le livret du Plan B n’était jamais sorti avant l’élection et n’est toujours pas paru. On doute qu’il le soit désormais vu qu’il n’y a plus rien dans ce plan B. Initialement, c’était le plan A qui avait, par son contenu consistant en une série de mesures de protection et de désobéissance aux traités, pour essence de « créer une ambiance de travail » comme le disait alors Mélenchon, et ce en même temps qu’on cherchait à négocier. Le Plan B consistait à sortir sinon de l’UE, du moins « des traités », ce qui, in fine, revient au même puisque l’UE n’existe que sur la base de traités. Mais ce n’est plus ce discours-là qui est défendu. Pour que Podemos accepte de faire liste commune avec la France insoumise, il a fallu en rabattre sur nos prétentions en terme de souveraineté. Alors Mélenchon s’est mis à parler d’opt-out, ce qui n’a pas grand chose à voir avec une sortie des traités. Je m’en suis déjà expliqué. Et son discours du genre : « le plan B, c’est on fait quand même » ce qu’on nous aura refusé, n’a pas tout à fait la même portée que de défendre la sortie des traités. Prétendre comme beaucoup le font, que ce sont des mots différents pour exprimer la même idée, c’est soit être ignorant de choses assez fondamentales au plan juridique et politique, soit se foutre de la gueule du monde dans les grandes largeurs. Si, à la base, beaucoup, sans doute, sont ignorants de ces problématiques juridiques – et je ne saurais les en blâmer – il est impossible de considérer qu’au sommet règne la même ignorance, surtout quand de grands juristes tels que Charlotte Girard sont parmi les personnalités de première importance. C’est donc une volonté consciente de tromper, de manipuler, de désinformer. Parce qu’il y a une stratégie. Et parce que les leaders de la France insoumise ont bien dû constater, depuis deux ans et demi qu’existe la FI (sans compter leur expérience du Parti de Gauche), que pour la masse des prétendues « fortes têtes » ou des « Insoumis » les chefs « qui n’en sont pas » mais qui décident quand même de tout, ont toujours raison et que la masse suivra et participera à la mise au ban de toutes les paroles alternatives ou contestataires.

Tous ces errements ne peuvent que faire fuir non seulement les Insoumis, mais plus largement, les Français qui, sans être membres de la France insoumise, nous avaient aidés, appuyés, soutenus par différents moyens, entre autres par le suffrage le jour de l’élection.

Je clos ainsi la boucle avec ce que je disais en premier lieu dans ce billet. Pour gagner en France l’élection qui compte, la Présidentielle, il faut se constituer une majorité présidentielle avant l’heure si j’ose dire, et pour cela, il faut donc convaincre très au-delà de sa famille, ou même de son camp. Et il faut – durablement – rester ferme sur sa stratégie de conquête pour que ceux qui étaient déjà là demeurent avec nous et que l’on en gagne d’autres. Abandonner la fermeté – qui était déjà toute relative – sur l’UE, minauder devant la famille socialiste et dire publiquement que ces amis-là nous ont toujours manqué, en osant même – quelle indélicatesse, quel gigantesque doigt d’honneur fait aux Insoumis ! – faire passer le message que les nouveaux amis pèsent quantité négligeable au regard des anciens, c’est dire à la cantonade que l’on revient sur tout ce qu’on avait amorcé depuis des années.

Le message sera entendu !

Désormais, la France Insoumise va se réduire comme peau de chagrin. Nous le verrons dans les prochains mois et cela sera évident aux yeux de tous au soir du résultat de l’élection européenne.

Pour gagner en 2022, il eut fallu maintenir la stratégie presque victorieuse du printemps 2017, faire l’impasse sur les élections intermédiaires sans importance, et tout baser sur la prochaine présidentielle.

Pour gagner en 2022, il eut fallu élargir la base électorale, non pas en raclant les fonds de la cuve socialiste, mais en allant chercher les abstentionnistes, qui eux se comptent par dizaines de millions quand les débris du Parti Salopard ne sont au mieux que quelques milliers, et hautement toxiques.

Pour gagner en 2022, il eut fallu non pas rabougrir notre stratégie contre l’UE, mais au contraire aller plus loin dans l’hostilité d’une part, et dans l’invention d’un contre-modèle d’autre part.

Pour gagner en 2022, il eut fallu, non pas donner le sentiment d’osciller entre les vrais Républicains, ceux qui sont attachés à la laïcité, partisans d’une nation rassemblée et de la défense du modèle républicain social, et les tendances racialistes, indigénistes et communautaristes qui gangrènent notre société, nos quartiers en particulier et donc le modèle républicain social et laïque français.

Pour gagner en 2022, il eut fallu, non pas rejeter comme fascistes, racistes ou extrémistes une partie des Français qui s’inquiètent des migrations mais poursuivre l’oeuvre de pédagogie pour qu’ils finissent par comprendre que ce qui les menace est bien plus le banquier que l’étranger comme là encore aimait à le dire Mélenchon.

Pour gagner en 2022, il eut fallu, non pas considérer que le projet L’Avenir en commun était à prendre tel quel ou à laisser, mais accepter que les leaders ne soient pas les seuls à avoir de bonnes idées et donc à permettre à la base insoumise de l’améliorer ; ce qui aurait conduit à introduire dans ce projet une série de mesures économiques, fiscales et sociales bien plus ambitieuses que ce qui est prévu.

Pour gagner en 2022, il eut fallu, non pas soutenir les directions nationales des syndicats ou chercher un temps à se substituer à elles, mais à appuyer les luttes sociales locales et à agir pour les coordonner. Il eut fallu non pas séparer le combat social du combat politique mais bien joindre les deux et le paysage du combat social étant ce qu’il est, appuyer autant que possible le Front Social. Car si Mélenchon n’y avait peut-être pas que des alliés hier, il en a moins encore aujourd’hui, sans nul doute parce que les combattants du Front Social ont discerné eux aussi toute la duplicité ou toute l’insuffisance du personnage.

Pour gagner en 2022, il eut fallu, non pas fouler aux pieds les principes les plus élémentaires de la démocratie, comme cela est la règle depuis au moins 2008, date à laquelle j’ai rejoint le sillage de Mélenchon en adhérant au Parti de Gauche, mais commencer par appliquer au PG et à la France insoumise les beaux principes démocratiques que l’on prétend vouloir inscrire demain dans la constitution de la 6e République. Comment croire qu’un Président de la République, des gouvernants, des députés, ou des délégués à la Constituante, admettront demain ce qu’ils ont toujours refusé quand ils étaient la direction, officielle ou officieuse, du PG et de la FI ? Personne ne les croit plus. Car les belles paroles, les beaux discours sont toujours contredits dans la réalité. Pour influer si peu que ce soit sur les décisions fondamentales, il faut être membre de la Cour du Roi. Sinon, non seulement vous n’existez pas, mais en plus, vous n’avez aucun droit civique, sinon celui de faire le taf’, de contribuer financièrement, et de la boucler ! Influer sur le projet, sur le choix des candidats, sur la stratégie, ce n’est pas du ressort de la populace insoumise, cela ne relève que des cercles de la cour.

Je pense donc que ce n’est pas Mélenchon et que ce n’est pas la France insoumise qui libèreront le peuple français des chaînes qui l’entravent. On me l’a dit encore et encore depuis dix ans. Je voulais croire que le tribun du peuple, une fois qu’il avait osé la rupture avec sa famille socialiste, resterait ferme dans ses choix. Je voulais croire que l’orateur de génie qu’il était en avait sous le coude en plus d’en avoir beaucoup dans la tête. Je voulais croire qu’il parlait vrai quand il annonçait qu’il tiendrait tête aux grands de ce monde et de l’UE. Et puis j’ai vu comment il s’est « déballonné » (terme utilisé par Didier Porte) devant Macron lors de la rencontre marseillaise. On dit souvent qu’une image vaut tous les discours du monde ; eh bien la vidéo d’une quinzaine de minutes montrant les différents temps de l’échange détruit complètement l’image de l’opposant radical pour n’en faire plus que le fou du Roi. Et cette fois, vous aurez saisi qu’en parlant de « Roi » je ne parle plus de Mélenchon mais de Macron… Cette vidéo a eu et aura un effet dévastateur. La crédibilité de Mélenchon est détruite, pas seulement entamée, je dis bien détruite ! En tout cas aux yeux de celles et ceux qui ne sont pas encore sous influence.

On peut quand même dire merci à Mélenchon pour une chose. Oui, pour avoir réussi à réveiller des millions de gens, et à conduire ces gens, peu à peu, au fur et à mesure des prises de conscience des uns et des autres, que nous ne pouvons, NOUS LE PEUPLE SOUVERAIN, nous en remettre à personne sinon à nous-mêmes, pour reprendre le pouvoir, tout le pouvoir, tous LES pouvoirs !

En fait, par ses actions et par ses errements, il aura multiplié le nombre de gens adeptes sinon de l’anarchie (entendue au sens le plus noble du terme), du moins le nombre des partisans de l’autonomie individuelle et collective…

Sur ce point aussi le dégagisme va frapper. Ce ne sont pas seulement les hommes et les femmes du système, ou ceux et celles qui lui permettent, plus ou moins consciemment, plus ou moins volontairement, de se survivre, qui vont finir dans les décombres. Il se pourrait bien que ce soient aussi les fondements politiques, philosophiques, juridiques du système qui finissent par s’écrouler à force d’être discrédités, désavoués, pris en défaut, et attaqués frontalement.

Après la France insoumise

Je ne dirai rien ici aujourd’hui car c’est un nouveau livre que nous allons devoir écrire ensemble…

Voir plus loin de Luc Dumont - La Pensée du Jour - La ...

2 réflexions sur « Les errements de Mélenchon et de la France insoumise [un PS « born again»] ne vont plus tarder à faire leur effet… »

  1. Bravo !
    J’y lis la synthèse des débars et réflexions que nous avons longuement échangés ainsi qu’avec quelques autres amis et camarades.
    Je n’aurais pas réussi aussi bien.
    Ta synthèse je la fais mienne.
    Reste à commencer sur la belle page blanche.
    Et sans vertige, ça va être le plus dur tant nos ennemis masqués ou démasqués nous ont mis K.O.
    Mais nous sommes comme le petit Kirikou du conte :
    🎼🎵 « Kirikou n’est pas grand, mais il est vaillant ! » 🎶
    Merci encore, cher ami et bises.
    À tout bientôt… « pour de nouvelles aventures » ☺

    Aimé par 2 personnes

  2. Je ne peux pas croire que Mélenchon , Bompard et ceux qui décident à la Fi s’assoient sur la charte de soutien à l’AEC à signer en cas de candidature
    Des personnes de la commission de désignation des candidats m’ont assuré qu’ils seraient très pointilleux à désigner de vrai Fi avec des idées et des valeurs Fi pour défendre l’AEC ; mais qu’en sera-t-il le jour de la désignation après avoir été travaillés au corps pour qu’ils choisissent ‘ correctement’ , avec en plus le directeur de cette commission lui même candidat et tête de liste
    J’ai fais partie de la convention de Lille , j’étais venu avec des amendements , je suis reparti avec , me rassurant sur le fait que j’étais d’accord sur disons 90 % des mesures de l’AEC. Alors je suis plus que dubitatif sur l’aptitude des camarades de la convention de décembre à valider en toute objectivité , en conscience et résister à la pression
    Je ne comprendrai vraiment pas que toutes ces personnes qui engageront notre Avenir en Commun ne se remémorent pas toutes les actions , les votes , ou pas , sous Hollnde , tout ce qui a participé à notre massacre et qui fut continué par le soutien de Hamon , puis par le léchage de babouches de Macron
    Alors si , malgré ces souvenirs et ces précautions , un salopard PS se retrouvait sur la liste Fi ,je serai extrêmement déçu , effrayé par l’effacement de tous nos combats par cette décision , j’aurais la très lourde et très désagréable obligation de m’abstenir à tous les votes , surtout aux municipales parce c’est ce qui est recherché , et je commencerais un autre combat , au besoin contre les insoumis d’aujourd’hui qui seraient restés soumis à Mélenchon et sa cour
    J’attend décembre mais je ne tremblerai pas
    Je suis un Insoumis et je résiste ( y compris aux dirigeants auto -proclamés de la Fi si ils persistent dans leurs conneries )

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