Appel solennel à Jean-Luc Mélenchon – Tel un judoka, retourne à ton/notre avantage, l’agression politique qui a été perpétrée

« Les bouleversements historiques sont toujours des phénomènes collectifs et les grands personnages « font l’histoire » uniquement dans la mesure où ils saisissent les occasions qui s’offrent à eux.» Lu dans l’Histoire populaire de la France de la Guerre de Cent Ans à nos jours, de Gérard Noiriel aux Editions Agone, septembre 2018 (page 15).

*

Jean-Luc Melenchon, il ne faut surtout pas réduire la pression sur le pouvoir. Il faut même au contraire l’accentuer encore. Jusqu’au point de basculement !

Jean-Luc Melenchon, il faut même te saisir de cet événement politico-judiciaire pour t’imposer « erga omnes » comme le recours.

Il se pourrait bien que ce soit un de ces « événements fortuits » qui mettent le feu aux poudres, ou à la plaine… Pour autant que tu donnes envie à tous – et ce dès maintenant – d’allumer leurs propres feux partout en France, pour que tous ensemble ces feux soient, pour le système contre lequel nous luttons ensemble – malgré nos divergences et parfois même, convenons-en, nos vraies disputes – un gigantesque brasier !

Jean-Luc Melenchon, cela implique, de TA part – puisque c’est bien toi le « chef», tu le rappelles clairement dans la conférence de presse de ce jour – que tu redeviennes le recours aux yeux de tous en France, que tu redeviennes l’homme d’État dont tu avais montré l’image solide l’an dernier, mais que – hélas, hélas, hélas – tu as salie et décrédibilisé ces dernières semaines avec les jeux politiciens auxquels tu t’es livré, et avec l’affadissement d’une partie de ton discours quant à l’Union européenne, sans compter l’effet dévastateur de la vidéo de ta rencontre avec Macron à Marseille sur beaucoup de gens qui étaient pourtant avec toi jusqu’ici. Personne de ton entourage ne te l’a dit ? Aucun des députés n‘a jamais entendu cela de la part des « gens » qu’ils croisent dans leurs circonscriptions ? Personne n’a eu ce genre de retour très négatif ? Ou bien les avez-vous seulement considérés avec mépris et jugé qu’ils ne reflétaient que des avis extrêmement minoritaires ? C’est une folie de rester avec de telles considérations.

Jean-Luc Melenchon, ton camp qui, pour partie, était en train de se disperser du fait de certains errements constatés depuis quelques mois, s’est sans doute reconstitué du fait de ce qui vient de se passer, quelques aigris et irresponsables mis à part.

Alors, je t’en conjure, saisis cette opportunité exceptionnelle que le pouvoir en place t’offre à son corps défendant.

Parle de nouveau fort et clair.

Enchaîne très vite sur les perspectives politiques.

Reparle nous puissamment du projet politique global que tu portais l’an dernier.

Accepte d’entendre les demandes nombreuses en vue de perfectionner ce programme de gouvernement contre le capitalisme, l’impérialisme, et la folie destructrice de notre écosystème, demandes qui aspirent à ce que ce projet soit affermi, et rendu plus ambitieux encore qu’il ne l’est déjà.

Saisis le fanal de combat qui seul fera que la majorité de notre peuple te soutiendra le jour venu.

Tu sais très bien ce qu’il faut faire. Il y a quatre questions FONDAMENTALES auxquelles tu dois répondre comme il faut, si tu veux être en situation de constituer dès maintenant une majorité présidentielle qui t’élira demain !

1/ La question de la rupture avec l’UE

2/ La question de la politique à propos des migrations

3/ La question de la laïcité

4/ La question sociale

Il est inutile que je te redise quelle est la seule stratégie de nature à nous conduire au pouvoir mais je vais le faire quand même. C’est celle de la libération. Et celle-ci ne saurait se réduire à prétendre mettre en oeuvre le processus de « l’opt-out » comme tu l’as dit aux Amphis de Marseille. Et elle ne saurait consister seulement à « faire quand même » ce qu’on nous aurait « refusé » comme tu l’as dit. Il faut faire bien plus !

Il faut au minimum revenir à l’esprit initial du plan A et du plan B et tant pis si on perd Podemos en route. Ce n’est pas Podemos qui te fera gagner l’élection présidentielle, mais le peuple français !

Donc, il te faut dire avec force que le plan A ne se limite pas à négocier avec nos partenaires une refonte des traités mais qu’il consistera aussi en la mise en place immédiate, dès ton élection, de toute une série de dispositions politiques pour commencer à mettre en oeuvre notre programme, fussent-elles contraires aux traités et, en même temps, de dispositions législatives et réglementaires de protection économique monétaire, financière, diplomatique, militaire… de la France et de son peuple, le temps que l’on négocie avec nos partenaires et que l’on cherche à organiser non pas seulement une « renégociation des traités de l’UE » mais bien une sortie collective, si possible de tous les États du Sud, en vue de refonder un tout autre système de coopération européenne. Et ce temps de la négociation devra être enfermé dans un délai court (entre 6 et 10 mois) car il ne s’agirait pas que les autres nous fassent perdre du temps en nous enfermant dans un processus de négociation qui n’aboutirait à rien. Il ne s’agit pas d’utiliser l’article 50, mantra de l’UPR et de son N°1, mais de prendre des actes de pleine souveraineté, d’effet immédiat, avec l’appui direct du peuple par référendum pour court-circuiter les évidentes violations que nous ferons du droit actuel.

Sauf que pour l’instant, tu t’y refuses. C’est une folie, sauf si tu ne veux jamais accéder à la Présidence de la République. Car pour drainer autour de toi une majorité du peuple français, il te faut absolument, impérativement, inéluctablement défendre la souveraineté de notre peuple et le faire jusqu’au bout, sans t’arrêter au milieu du gué. Et donc en accepter toutes les conséquences en termes de stratégie politique.

Frédéric Lordon, Aurélien Bernier, Coralie Delaume, Jacques Cotta, Denis Collin, Olivier Delorme, Djordje Kuzmanovic et beaucoup d’autres ne cessent de donner leurs contributions, chacun à sa façon, et de t’appeler, indirectement, à assumer cette position avant que d’autres ne le fassent avec un tout autre projet que celui qui est le tien et le nôtre.

Tant pis, Jean-Luc Melenchon, si tu perds en route quelques mous du genou du type de ceux qui se font entendre de plus en plus fortement ces derniers temps. Et je vais même te dire : tant mieux si tu les perds car eux ne te feront jamais élire ! Eux seront même pour toujours l’obstacle majeur à ton élection, et donc à notre reprise de contrôle à travers toi. Il te faut gagner non pas leur soutien à eux mais celui du peuple tout entier sinon, en France aussi, ce sera l’extrême droite qui accédera au pouvoir ! Par notre faute et par notre inconséquence ! Par notre refus obstiné d’avoir voulu porter la parole qu’exige notre peuple !

Frédéric Lordon et Aurélien Bernier pour ne citer qu’eux deux ne cessent, depuis une bonne décennie, d’appeler la Gauche à cet esprit de responsabilité qui ferait que notamment sur le sujet de l’UE, et sur celui des « migrations », tu parles clair, sans tergiverser, sans donner le sentiment d’hésiter ou de zigzaguer.

Venons-en maintenant à la question des « migrations » justement. Ce à quoi je t’appelle, à la suite de tant d’autres, n’implique en rien que tu renies les deux sublimes « discours de Marseille » que tu as délivrés en 2012 et en 2017. Ils nous rendent fiers autant qu’ils t’honorent de les avoir délivrés. Mais cela implique par contre de ne pas céder un pousse au gauchisme « No-Border ». Tu as été clair sur le sujet et tu te fais critiquer par ces gauchistes pour cela. Mais alors, pourquoi donc as-tu infligé un cinglant et cruel désaveu public à ton fidèle et loyal grognard Djordje Kuzmanovic qui ne disait pas autre chose que toi ? Cela n’aurait été compréhensible que si tu t’étais aligné sur la ligne gauchiste du « No-border » or ce n’est pas ce que tu as fait alors pourquoi ce désaveu de ton conseiller pour les questions diplomatiques et militaires ?

Sur le troisième sujet, très délicat et très passionnel, celui de la laïcité. Tu n’es pas en cause directement car toi-même n’a jamais vraiment donné de gages à ceux que nous sommes nombreux à dénoncer et à fustiger. Mais tu as, hélas, au moins donné parfois le sentiment de tolérer un certain discours pourtant intolérable. Tu devrais parler fort et clair sur ce sujet auquel des millions de Français, de toutes opinions politiques, et de toutes origines comme de toutes religions pour ceux qui en ont une, sont très sensibles. Notre laïcité à nous est honnête, elle ne dissimule aucun racisme et aucune phobie à l’égard de quiconque. Mais nous devons être intraitables quant au refus des logiques essentialistes, indigénistes, racialistes et communautaristes qui gangrènent notre société, notre « contrat social », notre « vivre-ensemble » et qui menacent de plus en plus gravement et massivement les banlieues de certaines grandes villes. Il n’y a pas que Gérard Collomb aujourd’hui, ou le salopard Valls hier, pour le dire et pour tenter d’en tirer profit. De très nombreux insoumis, tu le sais bien, vivent au contact direct de ces situations et en souffrent, plus encore que les intellectuels amis qui dénoncent, à juste titre, ces situations de plus en plus explosives, et de plus en plus antinomiques avec les principes républicains. Henri Pena-Ruiz est un de ces intellectuels et nous pouvons nous honorer de bénéficier de sa proximité. Je peux également citer Jérôme Maucourant. Mais il y en a d’autres.

Enfin, la question sociale est également de celles qui feront ou non ton élection. Certes notre projet, s’il était mis en oeuvre, améliorerait déjà sensiblement la situation de millions d’entre nous. Personne ne le conteste. Mais si certains s’en satisfont, nous, nous voulons plus. Notamment parce que, conscients et informés de l‘Histoire, nous savons bien que si nous nous limitons à des mesures intermédiaires, nous échouerons in fine. Comme nous avons échoué hier à rompre les reins du capitalisme qui a repris du poil de la bête et a presque gagné la guerre sociale. Il y a pléthore d’exemples dans notre propre histoire française, comme il y en a plein ailleurs dans le monde. Il ne s’agit pas de transformer la France en une « URSS 2.0 », ni même d’imposer un « communisme de guerre ». Par contre, il s’agit de bien comprendre ce qui se joue et donc d’opposer à nos ennemis une force au moins comparable à la leur et si possible plus forte encore. Cela implique au minimum de refaire ce que fit le CNR mais cela implique aussi d’aller plus loin cette fois. Et pour cela, un certain Bernard Friot a quelques idées sur le sujet. Tu devrais t’en inspirer grandement plutôt que de le rejeter comme tu l’as fait trop souvent lors de ta campagne présidentielle.

Jean-Luc Melenchon, tu sais tout cela sans que j’aie besoin de te le dire. Alors passe aux actes. Et n’oublie pas ce par quoi je commençais ce billet :

« Les bouleversements historiques sont toujours des phénomènes collectifs et les grands personnages « font l’histoire » uniquement dans la mesure où ils saisissent les occasions qui s’offrent à eux.» [1]

L’occasion t’est offerte. Saisis-là !

Pour notre intérêt commun, à NOUS, LE PEULE SOUVERAIN !

[1] Lu dans l’Histoire populaire de la France de la Guerre de Cent Ans à nos jours, de Gérard Noiriel aux Editions Agone, septembre 2018 (page 15).

Une réflexion sur « Appel solennel à Jean-Luc Mélenchon – Tel un judoka, retourne à ton/notre avantage, l’agression politique qui a été perpétrée »

  1. Billet intéressant, surtout sur les 4 questions posées et qui méritent éclaircissement de la part de la FI, effectivement. Même si pour moi, la question de la politique sociale est intimement liée à celle de l’UE. Il ne peut y avoir de politique favorable aux classes dominées si nous restons dans le cadre de l’UE et de l’euro. La question de l’abandon de l’euro devrait aussi être rajoutée à cette liste. C’est une question cruciale car la BCE est le bras économique armé de l’UE et de sa Commission. Et là non plus, la FI et JLM ne sont pas du tout clairs.

    Oui mais voilà, cette remise en question ne se fera pas. Outre les mamours de JLM avec Macron à Marseille – entrevue désastreuse en effet – il y a aussi la déclaration de regret et d’amour de JLM à l’endroit de son ancienne formation politique, le PS. Une telle déclaration indique que JLM n’a pas vraiment rompu avec l’idéologie social-démocrate qui sous-tend le PS et qui est morte (on le voit dans les autres pays du continent aussi). Cette même idéologie qui est fondamentalement européiste et qui a, en son temps, clairement abandonné les classes populaires depuis 1983.

    Quant aux « mous du genou », ils proviennent de cette partie du PS qui a déserté Hamon sans vouloir voter Macron, et qui demeure bien européiste ! Et ce sont bien ces « mous du genou » qui ont pratiquement doublé le score de JLM à la présidentielle ! Ne l’oublions pas.

    Coquerel en 2013 le disait déjà : le FdG de l’époque lorgnait sur l’électorat PS. Logique transmise à la FI de nos jours. L’état-major de la FI n’abandonnera pas ce réservoir de voix – dont souvent ses membres sont issus par ailleurs. Ignorer ce point, c’est faire l’impasse sur la réalité de la stratégie de la FI : récréer une gauche « plurielle » sur les décombres du PS et de EELV et absorber les autres, avec en prime la démolition définitive du PCF, pour être « les seuls » à gauche (pour ce que ce dernier terme peut bien vouloir signifier de nos jours pour nos concitoyens).

    Enfin, la présidentialité de JLM a été remise en question par sa propre attitude lors de la perquisition. En visionnant, j’ai même cru qu’il allait faire une crise d’apoplexie. S’il était sûr de la probité de ses comptes de campagne, autant laisser faire la justice. Après tout, il n’était ni le premier ni sera le dernier à subir ce genre d’avanie. Il en serait même sorti grandi. Non, au lieu de cela, il s’est conduit en chef de bande façon Sarko. Ca m’a attristée… mais finalement ce n’était pas inattendu car j’ai eu alors l’impression que JLM et les siens étaient tombés dans un piège médiatique tendu par Macron et al.

    Par ailleurs, si lors de la perquisition de des locaux de la FI, la présence d’un responsable du mouvement était obligatoire – alors son absence aurait invalidé toute la procédure et ses éventuelles trouvailles. Pourquoi ne pas avoir laissé faire avec sang-froid ? Je trouvais JLM bien plus rusé à une époque… Et l’attitude de ses lieutenants n’est pas faite pour rassurer sur la succession non plus. J’ai vu les images et les vidéos : panique totale doublée d’une certaine mauvaise foi !

    Pour conclure, autant ce billet soulève les vraies questions que tout parti qui prétend défendre les classes dominées doit se poser, autant les réponses sont déjà dans les actes de la FI et de ses dirigeants. Et ces réponses ne tournent pas à l’avantage de la FI ni de JLM, il faut bien en convenir.

    « L’occasion » ne sera pas « saisie », pour reprendre la citation. Sinon, entre nous, elle l’aurait été depuis longtemps, depuis même la présidentielle de 2012. Déjà à l’époque, nous étions quelques uns à avertir au sein du FdG sur la nécessité de quitter la camisole de force de l’UE et de l’euro. Nous exposions déjà les questions évoquées par ce billet sous cet angle, que le programme « L’humain d’abord » (que j’avais alors soutenu pour le FdG) n’était pas applicable dans le cadre de l’UE et de l’euro. Rien n’a été fait alors. Et avec l’édulcoration très rose pâle du discours sur ces deux sujets durant la présidentielle de 2017, je doute que quoi que ce soit en ce sens soit fait. La remise en question de la part de la FI n’aura pas lieu.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.