La violence des forces de l’ordre ne peut qu’engendrer, en retour, la violence décuplée d’un peuple qui veut survivre…

Depuis quelques heures, depuis quelques jours, les nouvelles tragiques du “front” se multiplient. Les victimes expiatoires de la cruauté du système se comptent par dizaines. Des morts, nous en avons déjà. Plusieurs. Des blessés pour le restant de leur vie, c’est pas dizaines qu’on les dénombre.

Des grenades explosives ont été lancées un peu partout par les Tuniques Bleues. Souvent sans aucune justification, par exemple un malheureux a vu sa main partir en morceaux pour avoir jeté… des oeufs !

Des handicapés ont été traités comme si elles étaient des personnes capables de fuir devant une menace directe pour leur vie ou leur intégrité.

Des personnes âgées, des enfants, des parents, des manifestants par milliers ont été gazés à bout portant, simplement parce qu’ils étaient à côté de provocateurs, ou parce qu’eux-mêmes avaient eu peut-être la langue bien pendue…

Les Tuniques Bleues ont eu maintes fois déjà un comportement tout à fait déplacé, indigne de la police républicaine comme on dit ! Parfois, ces forces de l’ordre se sont comportées comme de véritables soudards moyenâgeux !

Nous avons tous eu connaissance de nombreux témoignages et de faits avérés nous faisant horreur, nous faisant honte, et nous inspirant la rage.

Mais, malgré l’horreur de ces actes de répression policière, à lire certains y compris de nos amis, il ne faudrait rien dire contre nos Tuniques Bleues, parce que, vous savez, il faut les comprendre. Ils sont fatigués, épuisés. Eux aussi ont des familles à nourrir et il n’est pas si facile que cela de désobéir et de risquer d’être licenciés.

Avec ce genre d’argument, on arrive bien vite à tolérer l’intolérable et à faire preuve de compréhension à l’égard d’une police de Vichy. Je ne dis pas que notre police actuelle est une police de Vichy mais je dis que certains raisonnements défendus parfois par nos amis sont de nature, in fine, à tout accepter. J’en ai froid dans le dos. Quand la France a basculé dans le gouvernement de Vichy, beaucoup de naïfs ne savaient pas quelle était vraiment la nature profonde de ce régime et ignoraient quelles étaient ses intentions. J’imagine que beaucoup ont pensé qu’il fallait laisser leur chance à ces nouveaux dirigeants, le temps aussi qu’ils fassent leurs preuves. Que l’on ne pouvait que juger sur pièces. Et au fur et à mesure que les décisions étaient prises, je ne doute pas que beaucoup refusaient d’y croire, considérant que c’était de la désinformation destinée à saper la légitimité d’un pouvoir qui ne cherchait que le bien des Français… Beaucoup de fonctionnaires ont sans doute reporté une décision de démission. Parce qu’il faut bien manger… Et puis, peu à peu, beaucoup s’y sont fait. Ils se sont moulés dans le nouveau régime, jusqu’à en devenir, chacun à son niveau, un des maillons.

C’est contre ce type de logique que je mets en garde. On ne veut pas voir. On repousse sans cesse la prise de conscience. On s’emmure dans le déni. On refuse d’admettre une réalité qui nous dépasse et qui nous horrifie. Et ainsi, on laisse faire. On ne s’oppose pas à l’innommable. Et, consciemment ou non, on se retrouve au service de ce pouvoir abject. Qui, s’il n’est pas stoppé, ne peut que pousser plus loin son avantage. Nous devons tous comprendre que nous avons un rôle à jouer, oui tous, chacun de nous. Et de nous opposer à ce qui a le visage du “mal”.

« On a une responsabilité morale de désobéir aux lois injustes.» Martin LUTHER-KING

« Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants, c’est l’indifférence des bons. » Martin LUTHER-KING

« Plus dangereux que le bruit des bottes, le silence des pantoufles. » Martin NIEMÖLLER

« Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. » Albert EINSTEIN

« Si tu es neutre en situation d’injustice, alors tu as choisi le côté de l’oppresseur. » Desmond TUTU

« Il n’y a jamais eu que deux partis à prendre : celui des oppresseurs et celui des opprimés.» Paul NIZAN

*

Pour ma part, si je ne suis pas hostile, par principe, aux forces de l’ordre, je ne peux tolérer ce genre de propos qui atténue leur responsabilité, ou la dilue, lorsque les actes que ces forces de l’ordre ont commis sont si graves. Ces actes de répression aveugle et criminelle ne sauraient être admis. Nous sommes en France, une République, une démocratie, un pays civilisé… en théorie ! On ne réagit pas, on ne doit pas réagir, avec une telle cruauté contre de simples manifestants.

Si des policiers sont directement menacés dans leur vie ou dans leur intégrité physique, alors oui, il est logique qu’ils se défendent. Quand on les menace directement, qu’on ne s’étonne pas qu’ils ripostent.

Mais il est totalement inadmissible pour une police ou une gendarmerie républicaines, que de tels agissements aient lieu. Et quand ils ont lieu, les coupables devraient, sur le champ, être révoqués et traduits en justice.

Ils appliquent des ordres” nous dit-on parfois et “il ne faut pas les viser eux mais viser leurs chefs qui ont donné ces ordres” ajoutent certains.

Là encore, je m’élève conter de tels propos. Je ne peux tolérer un tel jugement. Si – cela va sans dire – les donneurs d’ordres doivent aussi répondre des ordres qu’ils donnent, un des principes fondamentaux de tout agent public, qu’il soit fonctionnaire, policier, gendarme, militaire, est d’obéir SI ET SEULEMENT SI les ordres ne sont pas manifestement illégaux. Si un ordre a été donné de tirer des flash-ball contre des gens inoffensifs (journalistes, personnes âgées, enfants, handicapés), si des ordres ont été donnés d’user de grenades de guerre – occasionnant forcément, quand elles sont utilisées, des blessures de guerre – alors ces ordres sont manifestement illégaux et doivent être refusés par les exécutants. On ne répond pas à des manifestants inoffensifs -seulement un peu turbulents – comme si l’on était à la guerre face à des ennemis qui sont là pour vous tuer, vous massacrer.

Et tout policier, tout gendarme qui obéit à de tels ordres se rend coupable. Et tout policier ou tout gendarme qui agirait de sa seule initiative le serait tout autant.

Des dizaines de personnes ont été gravement mutilées alors qu’elles ne menaçaient personne. Ce sont donc des crimes ! Qui doivent être traités et jugés comme tels dans les tribunaux correctionnels ou les cours d’assises, selon la gravité de l’acte en cause. La qualité de policier et de gendarme, autorisé par l’État à disposer d’une arme et à en servir ne donne pas permis de tuer ! L’usage des armes est strictement encadré. Parce que nous ne sommes pas une dictature militaire ou un régime autoritaire. Nous sommes encore, en Droit, une République démocratique, populaire et sociale, selon les termes mêmes de notre Constitution.

De nombreux journalistes ont été pris pour cible de manière manifestement intentionnelle. Ceci aussi est un acte de la plus grande gravité dans un pays qui n’est pas sensé être un de ceux où les journalistes sont en danger du fait de l’exercice de leur métier. En France, les journalistes n’ont pas à être menacés dans leur vie, ou dans leur intégrité physique, par les forces de l’ordre du seul fait qu’ils exercent leur métier.

Ces gens, exécuteurs ou donneurs d’ordres, devront un jour rendre des comptes. Et le peuple les jugera pour leurs actes. Il n’y aura ni oubli, ni pardon ! Et aucune amnistie !

J’ajoute – avec la plus grande gravité – qu’à force de se comporter envers le peuple qui manifeste pacifiquement pour l’instant, comme des soldats ennemis, il est évident qu’ils ne peuvent, bientôt, qu’être traités comme tels. Et puisque eux sont équipés et armés comme une soldatesque menaçante, eh bien, nous aussi, nous pourrions bien prendre des armes et les retourner contre eux !

Il est plus que temps, pour eux, de choisir le bon côté de la barricade. Ils ne sont pas une milice privée au service d’intérêts privés. Ils ne sont pas non plus une garde prétorienne comme en avait l’Empereur dans la Rome antique. Ils ne sont au service de l’État que parce que l’État est sensé être au service du peuple. Quand ce n’est plus le cas, et que le peuple a décidé de siffler la fin de la partie, et de reprendre sa place de souverain, alors la police, la gendarmerie et l’armée doivent se mettre du côté du peuple. Ces forces doivent refuser d’obéir. Et doivent faire comprendre au pouvoir actuel qu’elles ne seront pas le bras armé de ce pouvoir finissant voulant mener la guerre à son peuple. Les membres de la police et de la Gendarmerie sont des citoyennes et des citoyens, pas plus privilégiés que les autres. Ils n’ont aucun intérêt personnel à défendre celles et ceux qui nous traitent si mal – elles et eux compris – depuis si longtemps. Ils sont au service de l’intérêt général. C’est à ce titre qu’ils ont le droit de refuser de servir des intérêts strictement privés. Et comme tout citoyen, ils ont le droit naturel à l’insurrection et à la résistance à un pouvoir illégitime (bien que ce droit n’ait pas été transcrit en droit positif) qu’énonçait la constitution montagnarde de 1793 (jamais entrée en vigueur) en son article 35 :

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Si le mouvement en cours devait muter en émeute ou en révolution à force de défiance, d’insultes et de refus d’entendre, de la part du pouvoir, à force aussi de violence injustifiée et tout à fait disproportionnée de la part des forces de l’ordre au regard des « menaces » auxquelles ils se trouvent exposés, nous savons que nous serons sans doute nombreux à tomber sous leurs coups. L’Histoire, nous la connaissons bien. Le “sang impur” dont parle la Marseillaise, ce n’est pas celui de nos ennemis que l’on combat, c’est le nôtre ! Mais à la différence d’aujourd’hui, il se pourrait bien, si on passe à cette nouvelle séquence, que beaucoup d’entre eux tombent alors aussi. Et qu’alors les têtes de gondole du pouvoir en viennent à être menacées pour de bon. Ce n’est pas une menace que je formule, ce qui serait un acte délictueux que je réprouve, c’est une leçon de l’Histoire que je rappelle.

La violence ne peut qu’amener la violence. Or, la violence, aujourd’hui, n’est pas le fait des manifestants mais bien le fait de la répression policière.

Nous ne sommes plus des enfants et, contrairement à eux qui, souvent, cherchent jusqu’où ils peuvent aller, quand on donne des coups, nous ne venons pas ensuite pleurer d’en recevoir en retour. Sauf que, dans ces circonstances, Nous, le Peuple Souverain, ne donnons pas de coups. Nous manifestons sereinement, tranquillement, de manière le plus souvent joyeuse et bon enfant. La violence n’est pas de notre côté. Les Gilets Jaunes ne peuvent être assimilés aux « casseurs » et à celles et ceux qui cherchent directement le contact violent avec les Tuniques Bleues. Il est facile de vêtir un Gilet Jaune pour que l’on vous assimile à tous les autres manifestants, et ensuite d’aller brûler des véhicules en tout genre, de dévaster des magasins, de provoquer les policiers et les gendarmes jusqu’à ce qu’ils répliquent… aveuglément ! Mais cela ne fait pas de ces casseurs et de ces violents des personnes assimilables aux Gilets Jaunes. L’habit ne fait pas le moine ! D’ailleurs, très souvent, ce n’étaient pas des gens vêtus de gilets jaunes qui cassaient ou qui provoquaient les Tuniques Bleues… Et très souvent aussi, a été constaté que les Tuniques Bleues les laissaient faire mais s’en prenaient aux manifestants. Là encore, qu’il s’agisse d’ordres directs ou d’initiatives personnelles, il faut les traiter pour ce qu’ils sont !

Nous ne somme pas naïfs. Nous aspirons à rien moins qu’un renversement du régime de la 5e République, à une mise en laisse des capitalistes, et à une abolition du capitalisme. Et cela, beaucoup ne le veulent pas. Et ils se battront jusqu’au bout – et donc par tous les moyens, je dis bien TOUS LES MOYENS, jusques et y compris la violence la plus bestiale, le déclenchement d’un conflit ouvert de grande ampleur, ou des attentats de masse – pour empêcher que leur domination ne prenne fin. Nous le savons. Nous connaissons l’Histoire et la géopolitique. Donc nous le craignons. Mais nous nous y préparons. Et ce risque seul ne nous fera pas rentrer à la maison. Ni baisser la tête et la voix !

Pour l’instant, nous agissons de manière pacifique. Par la désobéissance civile et le travail, lent mais efficace, de conviction des citoyennes et des citoyens. POur que prochainement, nous reprenions tous nos vies en mains ainsi que notre destin collectif et que nous sachions alors que faire et comment le faire.

Il ne s’agit pas pour nous de grogner un peu plus fort que d’habitude, de faire quelques démonstrations de force et finalement, à l’occasion d’une nouvelle séquence électorale qui serait anticipée (élections législatives suite à une éventuelle dissolution de l’Assemblée Nationale, ou élection présidentielle en cas de démission ou de destitution du Président) remettre les clés du pays à une nouvelle équipe de « représentants » qui n’aurait pour mission que de permettre un apaisement pour ne rien changer vraiment de ce qui a engendré la révolte.

Ce que nous voulons, c’est que le peuple reprenne tout son pouvoir, partout, dans l’État et dans toutes les collectivités locales et leurs établissements.

Cela se fera par la voie légale si on nous laisse l’opportunité de le faire ainsi. Mais si, comme c’est le plus probable, on nous le refuse, alors on passera à une autre étape. La révolte se fera Révolution. Et l’histoire nous apprend qu’alors le coup de balai sur la vie d’avant est radical !

Le pouvoir a la possibilité de lâcher maintenant et de rendre au peuple les moyens de se gouverner lui-même. S’il refuse, s’il résiste et s’il se claquemure dans ses palais, s’il joue de la légalité en sa faveur pour imposer son ordre, alors il court au devant de grands dangers. Et ce qui semble aujourd’hui impossible, inenvisageable, pourrait devenir plausible et finir par devenir réalité.

Une réflexion sur « La violence des forces de l’ordre ne peut qu’engendrer, en retour, la violence décuplée d’un peuple qui veut survivre… »

  1. C’était vraiment choquant cette vidéo de ces lycéens alignés contre un mur (pour certains) les mains sur la tête. Ma première impression, j’aurais cru qu’on allait les exécuter !

    Personne n’a relevé mais au fait, où étaient passées les filles ? Y avait pas de filles avec eux pour manifester ? Elles n’ont pas été aussi arrêtées ? Ou bien là aussi, retour à de vieilles méthodes, on sépare les hommes et les femmes ?

    Les militaires ont le code du soldat : cet ancien militaire l’explique bien :

    Il explique la notion de discernement : quel est l’ennemi en face ? ses forces ? Ses faiblesses ? Etc.

    J’ai vu sur certaines vidéos, les canons à eau tirer sur le visage de manifestants (et non dans leurs jambes) au point de les faire tomber et de les sonner ! Des manifestants GJ pacifistes, qui se tenaient droits et sans armes, sans projectiles, sans attitude agressive non plus. Mais on va où là ?!

    L’on pourrait ajouter à la belle liste de citations sur le sujet, celle-ci, de Don Helder Camara :

    « Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
    La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
    La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

    Et lorsqu’on évoque la violence des « classes dangereuses » – qui procède du 2nd type de violence décrit par Don Helder Camara – il convient de parler aussi de la violence sociale et économique – qui elle procède du 1er type de violence qu’il décrit.

    Le chômage tue, c’est un fait (14 000 morts par an) ; les suicides en entreprise ; les burn-outs qui ne tuent pas forcément mais laissent des séquelles et traumatismes ; sans parler des accidents du travail qui tuent et estropient, ni des maladies professionnelles.

    Et la violence sociale : à notre époque, ne pas ou plus avoir de travail, et c’est souvent la mort sociale et économique qui frappe à la porte, les familles décomposées, voire détruites. Si ce n’est pas de la violence, je ne sais pas ce que c’est alors.

    Le plus violent dans l’affaire, c’est donc bien le capitalisme, c’est-à-dire ce rapport social basé sur la cupidité et qui actuellement régi le monde sous la forme de la mondialisation néolibérale, ennemie no. 1 des peuples. Raison de plus pour éradiquer le capitalisme !

    Nous n’éradiquerons pas de la nature humaine la violence, et encore moins la cupidité. Mais en éradiquant le capitalisme, nous nous donnerons alors les moyens de tenir au bout d’une laisse très très courte les comportements prédateurs que le capitalisme favorise et même porte aux nues et met sur un piédestal pour servir ses objectifs. Et surtout, nous serons en mesure de les écarter et les éloigner du pouvoir pour qu’ils ne puissent pas devenir le principe de fonctionnement de la société, comme c’est bien trop le cas de nos jours.

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