04/12/2019 – Le compte à rebours est déclenché…

Tic tac tic tac tic tac...

Il y a quelques temps, j’avais écrit, à l’instar de beaucoup d’autres (ami-e-s et personnalités), que ce qui est « génial » avec les adeptes du capitalisme intégriste, c’est leur hubris, je veux dire leur sentiment – à force de victoires accumulées contre nous – de pouvoir faire absolument tout ce qu’ils veulent ad vitam æternam, de pousser toujours plus loin leur délire et leur violence – institutionnelle, économique, sociale – et de croire finalement que jamais personne ne les arrêtera plus.

Totalement enfermés dans leur bulle, sous les effets fortement psychotropes de leurs shoots à répétition à la méga-finance, de plus en plus stratosphérisés par les injections d’hélium à haute dose que leur inoculent ceux qui les ont mis là où ils sont et qui s’efforcent, par tout moyen, de les y maintenir pour se maintenir eux-mêmes dans leur position sommitale d’où ils observent de très loin et de très haut ce bas peuple qui fourmille, qui râle, qui revendique et qui réclame rien moins que le droit de « vivre décemment » de son travail en étant « bien traité », « bien payé », « bien soigné », « bien alimenté » sans compter tant d’autres exigences irrationnelles comme la volonté de « se gouverner lui-même par lui-même et pour lui-même » et de bien traiter la nature et l’environnement, fadaises et exigences luxueuses que l’on ne peut plus se payer car voyez-vous il y a la dette qu’il faut d’abord résorber or elle est colossale…

Bref, ces gens-là donc – ces gens qui nous dirigent et orientent notre vie et notre destin toujours vers le pire – sont tellement déconnectés de la vie réelle vécue par les peuples qu’ils ne perçoivent pas le point de non-retour. Ils ne repèrent pas le seuil de régression et d’ignominie à ne pas franchir sous peine de tout perdre. Ils ne diagnostiquent pas le moment à partir duquel tout bascule, ce moment où un peuple, après avoir enduré et râlé à bas bruit pendant des décennies, après avoir manifesté en vain des années durant, après avoir subi les déceptions et désillusions successives, après avoir vu les centrales syndicales et les partis se moquer ouvertement de lui, après avoir donné sa confiance et ses suffrages aux uns puis aux autres et avoir toujours été de plus en plus mal traité et gouverné, ce peuple-là se lève subitement de manière cette fois massive et irrésistibles et balaye tout, aussi bien les hommes du système que le système lui-même, cela tout simplement parce qu’il a décidé, comme un seul homme, de ne plus subir ce que lui inflige le pouvoir en place, de ne plus endurer les coups et les politiques de régression, de ne plus tolérer les petits ou les grands tyrans et leur myriade de collabos à toutes les strates du système de gouvernement.

Si ces gens du sommet étaient un peu moins gouvernés par leur cupidité infinie et un peu plus inspirés par cette fameuse « raison » dont ils nous rebattent les oreilles en prétendant – en tous temps et en tous lieux – que c’est elle qui les meut et qui justifie leurs choix, sans doute auraient-ils poussé la barre au plus haut point qui puisse être toléré par le peuple mais en prenant soin malgré tout de ne pas franchir la « ligne jaune » comme dit l’autre… Mais leur intelligence – s’ils en ont vraiment une – est totalement inféodée à leur cupidité et soumise aux caprices de celle-ci, comme chez certains l’addiction à telle ou telle drogue l’emporte très largement sur la même intelligence ou la même raison. Dans les deux cas, le discernement fait défaut. Et c’est là que le bât blesse pour leur système et pour leur monde. Car cela ne tient qu’un temps, un temps sans doute un peu trop extensible à notre goût mais dont le caractère élastique trouve toujours son point de rupture.

Et une fois la ligne jaune franchie, le point de rupture atteint, alors c’est tout leur monde qui s’effondre car même leurs forces de sécurité finissent par se trouver débordées de tout côté parce que s’ils ont la force des armes, nous avons celle du nombre. Et vient un jour où c’est elle qui a le dernier mot.

Winter is coming

Ce qui sert le mieux ces gens gravitant dans l’Olympe, c’est non pas tant la « passivité » des peuples que leur colossale endurance et leur non moins grande résistance à supporter les souffrances et les violences en tout genre que les tyrans, petits ou grands, leur infligent, des années plus souvent des décennies durant, parfois même pendant des siècles.

Mais comme le disait le grand Étienne de LA BOÉTIE dans le Discours de la servitude volontaire : « Un tyran n’a de pouvoir de nuire qu’autant que les hommes veulent bien l’endurer ».

Et le jour où, précisément, les hommes ne veulent plus l’endurer, eh bien, le tyran et son monde sont renversés, quel qu’en soit le moyen. Certains finissent bien mal (qu’ils soient raccourcis ou fusillés, parfois même lynchés) tandis que d’autres parviennent in extremis à s’enfuir piteusement pour aller s’exiler dans quelque contrée où ils pensent être à l’abri des humeurs ombrageuses de leur peuple… Mais rien n’est moins sûr car un peuple qui reprend le pouvoir dans l’État dispose alors des outils de ce dernier pour traquer ses despotes et ses tyrans d’hier et les ramener sur notre territoire pour qu’ils y soient jugés.

Lors de la chute du régime et de celles et ceux qui l’incarnaient, ces gens dont je parle dans ce billet, ces tyranneaux et ces despotes si peu éclairés, ainsi que leur monde tout entier, réalisent à cet instant combien, pour reprendre encore une fois les mots de La Boétie en changeant seulement le temps des verbes : « Ils [n’étaient] grands que parce que nous [étions] à genoux ».

La vague populaire

Pour aller plus loin :

Dans mon billet ci-dessus, j’ai évoqué cet aveuglement du pouvoir à l’égard de ce  que le peuple est en train de préparer et dans le même temps, j’ai évoqué ce point de bascule où l’on voit un peuple « soumis », « docile », « obéissant », respectueux des lois et des institutions, entrer en rébellion, en insurrection Ce peuple se soulève subitement parce que le pouvoir a franchi la ligne jaune disais-je.

Eh bien, sur ce type de réflexions, Frédéric Lordon a fait un exposé à partir à la fois du film « Le cuirassé Potemkine » et de sa connaissance d’expert sur la philosophie politique des Spinoza, notamment la question des affects. Lordon expose de manière scientifique et philosophique ce que j’ai moi-même exposé en langage plus trivial. Je vous invite donc, en écho à mon propos, à aller écouter cet exposé de Frédric Lordon qui dure une petite demi-heure. Vous pouvez y accéder en cliquant ici.

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