Une certaine période de l’histoire de la Rome antique peut nous donner quelques leçons

J'arrive comme Brutus là où César règne – Medley Goku

La mort de César par Vincenzo Camuccini (1798)

*

Je vais me risquer à proposer un parallèle historique. Contrairement à ce que le choix iconographique que j’ai fait semble indiquer, je ne suis pas du tout en train d’appeler à l’assassinat de notre dirigeant du moment. Si je prends, comme base de départ de mon propos, un certain assassinat, c’est pour faire passer une idée qui n’a rien à voir avec un appel au meurtre.

Au mois de mars de l’an l’an 44 avant notre ère, Jules César, général auréolé de gloire notamment du fait de sa conquêtes « des » Gaules, est « dictateur ». Il a été nommé à cette fonction d’abord pour dix ans avec des pouvoirs constitutionnels, puis à vie et autorisé à porter en permanence la toge et la couronne des triomphateurs.

Mais le 15 mars 44 avant J.-C, il est assassiné. Suspecté de vouloir restaurer une monarchie et exercer un pouvoir exceptionnellement autoritaire et personnel, n’étant pas tout à fait « aux ordres » des patriciens du Sénat – les dominants de l’époque – il fut victime d’une conspiration organisée au sommet du pouvoir par de « très hautes » personnalités de la République romaine visant l’élimination de celui qui menaçait leur régime. Et cette fois, le complot d’État réussit. Tout du moins provisoirement…

En effet, parmi les nombreuses conséquences majeures qu’entraîna l’assassinat de César, il y a le changement de régime.

Curieux non ?

Puisque c’est César qui, dit-on, aspirait à organiser ce changement, et que ce dernier avait été assassiné, comment se fait-il que le changement ait eu lieu malgré tout ?

La question mérite d’être posée, il me semble… Mais ce n’est pas à cette question que mon propos d’aujourd’hui entend répondre. Je laisse cela aux historienbs.

De quel changement est-ce que je suis en train de parler ?

Voilà la question qui m’anime aujourd’hui. Et la problématique qu’elle induit à mes yeux.

Le changement auquel je fais ici allusion n’est rien moins que le radical changement institutionnel qui a vu la République romaine muter en un Empire. Ce changement-là ne s’est pas fait officiellement. Aucun sénatus-consulte (loi romaine approuvée par le Sénat) ayant un tel objet n’a été adoptée par le Sénat. Aucune décision ne fut adoptée par le pouvoir exécutif du moment pour transformer la République en Empire. Pourtant, ce changement eut bien lieu. Il ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il a pris des semaines, des mois. Mesure « individuelle » et « isolée » après mesure « individuelle » et « isolée », le nouveau pouvoir se découvrant peu à peu, exerçant progressivement mais méthodiquement de nouveaux pouvoirs inconnus dans la République romaine, et le faisant de plus en plus ouvertement sans contre-pouvoir, et après avoir court-circuité, dévitalisé, dissout de fait, les anciennes institutions de la République.

Contrairement à ce que l’histoire constitutionnelle de la France a pu montrer au cours des vicissitudes des institutions politiques que notre pays a connues entre le XVIIIe et le XXe siècles, où chaque fois un nouveau texte constitutionnel (senatus-consulte nouvelle forme, charte ou constitution) était adopté – imposé devrais-je plutôt dire – pour modifier ou transformer le régime précédent, à Rome, après l’assassinat de César – dernier dirigeant officiellement républicain – l’Empire s’est installé presque en catimini, dans le secret des jeux de pouvoir au sommet de l’État romain, sans que le peuple romain ou ses institutions officielles d’alors ne soient impliqués dans le changement. Or ce changement fut profond. Octave – le successeur de César à la tête de la Rome d’alors – devint le premier empereur romain.

Contrairement à une idée fausse assez répandue, César ne fut jamais empereur de Rome. C’est son successeur Octave qui occupa cette distinction particulière et qui allait perdurer jusqu’à la chute de l’empire romain d’occident en 476, sous les coups des invasions « barbares ».

Les choses se firent donc à l’insu du grand nombre, et probablement contre la volonté à la fois du grand nombre et des institutions de l’époque. Mais le grand nombre fut très largement manipulé et désinformé quant à l’assassinat de César si bien qu’il considéra que ses intérêts étaient défendus par le nouveau pouvoir, héritier de César. Sans doute que le grand nombre comprit peu à peu ce qui s’était passé. Mais trop tard ! Désormais le nouveau pouvoir était quasi absolu et d’essence divine, ce qui n’était pas le cas de la République romaine qui avait succédé justement à la monarchie en l’an « de grâce » 509 avant J.-C.

Quant aux institutions républicaines, ceux qui les incarnaient ont, pour partie d’entre eux, été trompés, mystifiés, manipulés, ça ne fait aucun doute. Mais une partie d’entre eux a également été contrainte au minimum de laisser faire, et parfois aussi de participer eux-mêmes à la mutation du régime, soit pour sauver leur vie, soit parce qu’ils voyaient dans l’évolution engagée une chance pour eux de prendre de nouvelles responsabilités auprès de l’empereur et / ou de s’enrichir davantage encore.

Quoi qu’il en soit, j’imagine que les citoyens romains d’alors devaient discuter entre eux et s’interroger sur les « petits » changements perceptibles. J’entends bien ces citoyens ordinaires se demander si on n’était pas en train de… changer de régime justement. J’imagine que certains étaient lucides et un peu plus finauds que d’autres et devaient donc expliquer à leurs pairs les raisons qui inclinaient à penser que quelque chose de très important était en train de se dérouler, sans eux, voire contre eux. Je suis certain également que d’autres, à l’inverse, naïfs, ignorants, incrédules, couards, retors, intéressés, devaient s’employer à expliquer en revanche que tout était normal, que le pouvoir agissait seulement en fonction de circonstances exceptionnelles et que rien, dans ce qu’il faisait, n’était susceptible d’être interprété comme une volonté consciente et délibérée de faire évoluer les institutions politiques romaines de manière radicale.

Vous avez le sentiment qu’un tel « débat », vieux de 2000 ans, a une certaine actualité ?

Vous percevez que ces interrogations et discussions citoyennes de la Rome antique post-assassinat de César résonnent quelque peu aujourd’hui ?

Oui, en effet !

Depuis près de douze ans – je fais remonter, pour ma part, les prémisses de la mutation à l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 – et en particulier depuis deux ans et demi – avec l’élection de Macron, représentant direct de la finance tyrannique – le peuple français n’en finit pas de s’interroger. Une partie non négligeable des citoyens français refusent de voir la réalité pourtant sous leurs yeux. Une partie encore trop importante, numériquement parlant, reste enfermée dans le déni de la réalité, de plus en plus manifeste pourtant. Ces gens-là sont peut-être parfois de bonne foi mais alors il faut admettre qu’ils doivent souffrir de sérieuses dissonances cognitives. Ou que la peur a pris le contrôle total de leur esprit et que c’est elle désormais qui conduit leur pensée et leur action. Mais ils sont le plus souvent malhonnêtes et s’ils refusent d’admettre la réalité, ce n’est pas du fait qu’ils ne la perçoivent pas, mais plutôt parce que cette réalité-là les sert, individuellement et collectivement.

De tout temps, on peut constater que les salopards de l’Histoire préfèrent toujours jouer les idiots et se faire passer pour des ignorants ou des crétins incapables de comprendre, plutôt que pour des gens conscients, voulant effectivement ce qui se fait, approuvant – en pleine conscience – ce qui se fait, voire participant eux-mêmes – et en pleine volonté librement consentie – à ce qui se fait.

Le problème, c’est que face à eux, le nombre de gens lucides sur ce qui se joue et déterminés non seulement à résister pour de bon mais bien plus à partir à la reconquête, est encore trop faible. Mais ce nombre croît chaque jour, au fur et à mesure des événements qui se précipitent, eux-mêmes accélérant la prise de conscience au sein des gens du peuple mais aussi de quelques corps institués.

Où se situe le point de rupture ?

Je l’ignore. Personne d’ailleurs ne peut deviner quel événement anodin ou à l’inverse d’ampleur « biblique » fera que le régime s’effondrera de lui-même ou sera balayé par une « contrainte » qui lui aura été extérieure.

Mais chacun de nous perçoit que nous nous rapprochons chaque jour de cette issue.

Et si l’on ne peut deviner quel jour, ça lâchera, si l’on ne peut prévoir quel jour une brèche suffisamment conséquente sera ouverte dans la forteresse de l’État confisqué par Macron et son système de gouvernement au point de permettre au peuple de reprendre le contrôle de cet État après en avoir chassé les occupants illégitimes et tyranniques, si l’on ne peut faire un pari sur la date à laquelle nous serons enfin, collectivement et individuellement, libérés de ce pouvoir tyrannique, ni selon quelles modalités se produira cette nouvelle « Libération », l’Histoire nous donne des leçons nombreuses et diversifiées pour nous aider à penser cette libération et ses suites, c’est-à-dire ne pas seulement penser le moment de la chute du régime actuel, mais surtout prévoir la suite de manière intelligente, rationnelle, humaniste, pour que le tragique de l’Histoire, lui, ne se répète pas. Nous pourrions méditer de l’Histoire et nous disposons d’outils pour inventer un avenir heureux.

J’ai parlé ici de l’époque romaine antique. J’aurais pu évoquer bien d’autres épisodes historiques pour illustrer mon propos. Connaître l’Histoire et surtout la comprendre dans ses significations profondes, aide beaucoup à comprendre le présent et à entrevoir l’avenir, mieux que d’aller consulter « Madame Irma » ou de tenter de lire notre destin collectif dans les entrailles de quelque malheureuse volaille sacrifiée, comme le faisaient justement certains Romains antiques…

Et puisque la Pythie de Delphes n’officie plus en son temple, il ne nous reste que notre intelligence, notre raison, notre culture pour tenter, au vu de l’Histoire et de l’actualité, d’agir de la meilleure façon pour rendre demain meilleur qu’aujourd’hui et réinstaurer le temps des JOURS HEUREUX !

Une réflexion sur « Une certaine période de l’histoire de la Rome antique peut nous donner quelques leçons »

  1. C’est curieux mais dès que tu as commencé à évoquer l’Empire et comment il s’est construit, j’ai tout de suite pensé à l’UE… sans doute cette manipulation du plus grand nombre, même si certains dirigeants de l’UE ont affirmé avoir oeuvré à la construction d’un Empire. Mais je suis sans doute une mauvaise langue douée de mauvais esprit.

    Ensuite, le parallèle avec notre situation nationale actuelle est apparu. Je pense qu’effectivement, le paradigme a changé ce jour de Février 2008 lorsque Sarko a réuni le Parlement en Congrès pour ratifier le Traité de Lisbonne, alors que nous avions rejeté en 2005 le TCE.

    A partir de là, j’ai trouvé, retrospectivement, que tout avait commencé à partir en sucette d’un point de vue politique et institutionnel. Non seulement notre vote avait été bafoué, mais ensuite il est arrivé des criminalisations étranges : celle de l’action syndicale, puis associatives (sous Hollande) et là, avec les GJ qui se font condamner, nous entrons dans la criminalisation de l’action politique.

    Et ce n’est pas près de s’arrêter. Celui ou celle qui viendra après Macron en 2022 ou plus tard, fera pire. Comme chacun de ses prédécesseurs a fait pire que celui qui le précédait.

    Cela fait depuis longtemps que je pense que ce system parfaitement verrouillé, sera renversé par un événement extérieur à notre pays mais qui aura des répercussions gravissimes sur notre pays. Tes mots résonnent en écho à ma pensée.

    Par ailleurs, les événements donnent raison à nos analyzes. Y a pas de raisons pour que ça s’arrête en si bon chemin. J’aimerais parfois qu’on ait tort mais bon, comme tu l’écris, on ne va pas s’infliger des dissonances cognitives.

    Le dernier paragraphe évoque la Grèce – pays martyre et laboratoire néolibéral. Mais je te rejoins dans ta conclusion quand tu parles des Jours Heureux, surtout en cette période de lutte pour nos retraites et plus largement notre protection sociale. Pour que finisse cette longue nuit néolibérale, mondialisatrice et capitaliste et qu’advienne enfin les Jours Heureux !

    Bonne Année à toi, Vincent !

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