[Billet invité] On n’est plus très loin d’un joyeux bordel – Par Mathieu Morel

L’image contient peut-être : texteBon, trêve de plaisanterie…

Un peu partout, à droite à gauche et en même temps, les grand-messes des uns et des autres sont annulées une à une. C’est d’ailleurs particulièrement visible début janvier où, parmi les grand-messes en question, on compte nombre de « cérémonies des vœux » prodiguées par des huiles dont l’exercice consiste, en plus de se tirer la nouille entre eux en d’interminables et gluantes auto-congratulations, à faire semblant de passer un cirage bienveillant sur le dos de leur piétaille pour mieux lui… enfin j’vous dis pas mais vous comprenez l’esprit : ce n’est pas vraiment du cirage et c’est un peu plus vers le bas du dos.

Il faut dire que quand elles ne le sont pas, annulées, elles ont une fâcheuse tendance à partir en sucette, ces temps-ci. Le Gaulois réfractaire est potache : il veut bien éventuellement passer pour un con mais a horreur d’être pris pour un imbécile par des cuistres, des mijaurées et des vulgaires. Quand le prince-enfant-philosophe se prend subitement pour un caïd et braille « qu’ils viennent me chercher », on a bêtement tendance à vouloir le prendre au mot. Curieusement, il semble trouver cela moins drôle. Et quand sa Cour (de récréation ?) part au turbin pour vendre la bonne parole et passer la brosse à reluire à deux coup, elle se fait promptement rhabiller par les avocats, réduire au silence par les Chœurs de Radio-France… Chahuter, quoi.

Plus crûment dit, ça branle un peu dans le manche. Et, plus préoccupant encore, un peu de tous les côtés en même temps. Si jamais tout ça devait entrer en résonance, on n’est plus très loin d’un joyeux bordel.

C’est bien simple : il n’y a plus que dans les réserves de chasse sanctuarisées et sous bonne garde qu’on peut dire ce qu’on veut sans risquer de recevoir des œufs pourris sur la tête. Il s’agit, pour l’essentiel, des hôtels de la République (encore faut-il qu’ils soient à l’épreuve des assauts de transpalettes et pourvus d’un héliport d’urgence) et des plateaux de télévision où de sages et raisonnables vrais journalistes dispensent la sage et raisonnable vraie information afin de soustraire le quidam candide et vulnérable à ce qui se dit, ici ou là, de parfois pernicieux dans la vraie vie des gueux.

On peut donc être tranquille : la réforme concoctée au Palais se fera (on l’enverra même à l’autre Palais, le « Bourbon », mais juste pour rigoler puisqu’il ne sert officiellement plus à grand chose depuis le quinquennat, presque plus à rien depuis une dizaine d’années et plus à rien du tout depuis la victoire contre le fascisme de 2017). Elle se fera parce que les gueux ne prendront pas d’assaut l’Élysée, on aura envoyé les Milices bien avant et on n’est plus vraiment à un mort ou un estropié près. Dans la grande entreprise enmêmetemptiste de confusion de tout et son contraire, le tolérable et ce qui ne l’est pas ont achevé leur fusion depuis environ un an : jusqu’à quand faut-il remonter – ou dans quels pays – pour qu’un contrevenant ou un simple contestataire encoure l’amputation d’une main ou d’un œil ? Et pour que ça ne soulève pas plus d’indignation ?

On peut être tranquille : Radio-Télé-Paris, « Je suis tout le temps » et Laurent Delamèche continueront à nous énumérer goulûment – et avec l’onction suprême – les exactions commises contre la République, les lâches attentats contre le prince et les autocollants CGT trouvés à proximité. Ils nous offriront généreusement des reportages « bonne humeur et joyeux karma » (non sans rappeler, l’air grave, qu’on en a bien besoin… ma brave dame !), des « magazines » à peine subliminaux sur les turpitudes des reines d’Angleterre qui n’ont pas la chance de connaître les délices de la meûdernitude.

Dormez sereins : des armées de sous-clones de Dark Vador veillent sur votre liberté et sauront s’assurer que vous ne vous en écartiez pas. Le jeu de jambes, tout est dans le jeu de jambes (et le croc-en la même chose, un peu aussi).

Il en faut peu pour tromper les gens de bonne foi. Et beaucoup pour les décider à traiter comme ils le méritent ceux qui les ont trompés. Et lorsqu’ils finissent par le faire, on les accuse de « violence ». De qui se fout-on ?

On savait pourtant – ou on aurait dû – que la République, cette vieille dame, était vulnérable : on en a tout de même déjà usé, tordu, violé pas moins de quatre en moins de deux siècles. Alors à la cinquième, on s’est dit que cette fois, on ne nous aurait pas.

Et la hyène a hurlé « ciel ! Un loup ! »

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