[Billet invité] « Jupitre est-il dangereux » me demandais-je en juin 2018… – Par Mathieu Morel

En cherchant complètement autre chose, je suis tombé sur cette vieillerie de juin 2018 [un billet de Mathieu Morel relayé par Régis de Castelnau sur son blog « Vu du droit »].

« Le roi possédait un miroir magique, don d’une fée, qui répondait à toutes les questions. Chaque matin, tandis que le roi se coiffait, il lui demandait :
Miroir, miroir en bois d’ébène, dis-moi, dis-moi que je suis le plus beau. Et, invariablement, le miroir répondait :
En cherchant à la ronde, dans tout le vaste monde, on ne trouve pas plus beau que toi. »

Une fois de plus, on aurait tort de ne voir, dans les outrances répétées – et de plus en plus sidérantes – que nous sert frénétiquement notre distingué Jupitre Überschtroumpführer, que de bénignes maladresses, des erreurs de communication ou même un anodin excès de confiance qu’il suffirait de mettre sur le compte de son ardeur juvénile et « disruptive ».

On aurait tort également, sans doute, d’y déceler la fameuse preuve d’un esprit brillant, hors du commun, qu’on nous a copieusement vendu depuis son éclosion « miraculeuse », à grands renforts de feux d’artifice et de paillettes.

Ses insultes répétées, ses provocations grossières, ses initiatives ostensiblement débiles portent un message clair derrière cette fausse candeur faussement spontanée : « je suis votre chef, je fais ce que je veux, comme je veux, quand je veux et, pour commencer, je vous emmerde ». On pourrait évidemment, puisqu’on se targue d’être en démocratie, juger la méthode un peu culottée si on oubliait que, en bon élève des années « Mitterrand » (et lui-même « bébé Hollande/Attali »), ses provocations et initiatives visent également à repousser tous ses contempteurs, en bloc et sans la moindre espèce de nuance, dans les recoins forcément sombres de l’extrême-droite qui en rappelle d’ailleurs les heures, si l’on en croit l’adage éculé. Extrême-droite qu’en langage moderne, on aime qualifier plutôt de trucosphère ou autre machinosphère (ça sonne tellement plus « cool » et 2.0). Voilà plus de 30 ans que le camp du Bien se fabrique ainsi son adversaire favori, aussi inoffensif qu’efficace. Du moins jusqu’à la prochaine surprise funeste dont ils seront, une fois encore, les seuls responsables et les vierges les plus outragées (avant, une fois de plus, de retourner promptement leur veste).

Ce sire, au fond, est un parfait produit des années 80, une version aboutie – peut-être un peu tardive, c’est l’espoir qu’il nous reste – de l’Homme que ces 30 ou 40 dernières années ont tenté de fabriquer : une imposture, une illusion, un start-up-marabout, une uber-escroquerie. Le philosophe est un cuistre infantile, le « penseur » une machine à poncifs pompeux, le bâtisseur est un vandale, le centriste ouvert est un fanatique borné, l’esthète fin révèle un plouc fini, le « subversif dérangeant » n’est qu’un banal immature inconséquent, le démocrate est un mégalomane totalitaire, et le gendre idéal bienveillant un vicelard narcissique. On ne peut même pas dire qu’il sonne faux : il sonne creux, d’où qu’on toque.

Il ne lui reste plus qu’à compter sur l’effet de sidération que produisent ses pitreries scandaleuses pour – pendant que la plèbe s’offusque à bon droit de la mise à sac sauvage de tout le séculaire édifice sur lequel ce mal élevé s’est laissé hisser pour se goinfrer – engager mécaniquement toutes les liquidations que ses maîtres lui ont commandées.

Ce qu’il fera avec d’autant plus de zèle qu’il a été élu par dépit, vainqueur d’un concours de circonstances, rescapé d’une roulette russe tellement acrobatique qu’il est permis de se demander si le barillet était tout à fait réglementaire. Et soyons sûrs qu’il mènera l’entreprise de démolition bien plus loin que tous ses prédécesseurs puisque, absolument vain et dénué de tout ce qui ressemble à des principes, il est parfaitement polymorphe.

Ce roi nu, si prompt à rabrouer avec la violence puérile qui les caractérise les enfants qui le démasquent, n’est que le zélé valet, le reflet présomptueux d’une époque qui, poussant l’imposture et l’incohérence à des niveaux olympiques, a érigé en « valeurs fondamentales » l’exhibitionnisme pudibond et le puritanisme libertaire. Par son abyssale inconsistance, il est le parfait porte-voix – et le terrifiant porte-flingue – des opportunismes de ses maîtres insatiables. Et ce n’est que parce qu’il lui fallait une histoire, une légende, qu’on la lui a écrite, jusqu’à en faire le fils spirituel d’un philosophe dont il n’était, en réalité, qu’un marque-page. C’est le pion malléable sur lequel, faut-il croire, il était opportun de miser au bon moment. De diverses manières, quelques un(e)s ont su saisir leur chance et tirer le gros lot. Il ne faudrait pas en conclure pour autant qu’un tel individu ne présente qu’un danger « superficiel ». Au contraire.Mais ça n’est pas par son idéologie – quoi qu’on pense de celle à laquelle il s’est vendu – qu’il est dangereux. Il n’en a pas (ou plus exactement, il serait prêt à se vendre à toutes… c’est d’ailleurs ce qu’il fait, à certains égards).

C’est précisément par sa vacuité, pour elle, contre elle, à cause d’elle, ou un peu tout « en même temps », que cet homme sera capable d’absolument tout, sans aucune limite.

[Fin du billet « Macron : Jupitre est-il dangereux ? » de Mathieu Morel du 24 juin 2018].

*

Billet de Mathieu Morel  du 19 janvier 2020

Depuis, on a appris à trouver normal que les gueux qui manifestent – même « pacifiquement » (c’est-à-dire pour le folklore, pour rappeler au manant qu’il y a deux sortes de dialogue social : la « révérence » vue de derrière, dite « réformiste », et les sauvages à moustache qui mangent les enfants) – ne rentrent pas toujours chez bobonne avec exactement le même nombre d’yeux et de mains que lorsqu’ils en étaient partis. À force de préférer l’esprit de jouissance à celui de sacrifice, on finit par devoir expier un peu. C’est à ce moment que surgissent les grands hommes : « bon, maintenant ça suffit. On brade, alors soit vous concédez gentiment ce qu’il reste au prix qu’on vous propose, soit j’envoie les flics. Vous dialoguez socialement ou je vous marave la gueule ? »

Il y a presque une sorte de vague cohérence, finalement. Ceux qui s’obstinent à nous persuader que « Vichy, c’était la France » sont précisément ceux qui ne se sont jamais très bien remis qu’elle n’y demeurât point. Alors, hardis, ils composent : un coup la prime au vainqueur, un coup la posture héroïque… mais ça bouge tout le temps, toutes ces saloperies-là. Quand la Résistance ne ne se prosterne plus que devant les statues de Robert Schuman et Jean Monnet, forcément, on comprend que pour ces gens-là, le plus grand tort de Laval est d’avoir manqué de « pédagogie ». « Faire le bonheur des Français malgré eux », c’est du bon sens. Le problème, c’est que ces connards n’en ont aucun, bon sens : on a beau leur répéter qu’on a raison et qu’on leur pardonne de ne pas avoir fait toutes nos études, ils ne comprennent rien au dialogue raisonnable, ces crétins.

Alors comme l’Histoire semble aller dans le sens de la franche rigolade, amusons-nous à imaginer la suite.
D’abord, on va organiser la bonne marche, au pas de l’oie, de l’information. Il y aura la vraie, libre et indépendante sous le contrôle conjoint du milliardaire qui la possède et de l’État qui la subventionne. Si ces conditions ne sont pas réunies, on l’appellera « militantisme », « propagande » voire – soyons fous – « anti-France ». L’information vraie, crédible et méritoire sera celle qui fustigera le mieux les parasites qui nous empoisonnent. Ses subventions en dépendront.

Ensuite, on va cogner jusqu’à ce qu’il ne reste plus, sur les champs de bataille, que les plus galvanisés. On dira alors « tiens, la mobilisation faiblit et il ne reste plus que quelques poignées de radicalisés ». Puisque le « dialogue », c’est : « va te faire foutre mais ̶j̶’̶a̶i̶m̶e̶ ̶b̶i̶e̶n̶ ̶p̶a̶r̶l̶e̶r̶ ̶a̶u̶x̶ ̶i̶n̶d̶i̶g̶è̶n̶e̶s̶,̶ ̶c̶’̶e̶s̶t̶ ̶r̶i̶g̶o̶l̶o̶ je suis ouvert au dialogue », chacun y trouve ce qui lui sied.

On fera également voter des lois contre la haine et la méchanceté parce que les gentils, souvent, n’aiment pas trop trop les méchants (c’est dingue comme la vie n’est pas si mal foutue, au fond). Alors puisqu’en général, on n’aime pas vraiment être méchant et on préfère plutôt être gentil, on sera plutôt pour la loi que contre, surtout que la violence, c’est quand même moyennement sympa et, accessoirement, pas très « cool ». Et on découvrira plus tard qu’en fait, la définition de la méchanceté était « ne pas être trop trop d’accord avec les gentils ». Comme ils seront tous en prison, on se sentira en sécurité mais… pourvu qu’ils n’en sortent jamais ! Ou alors pas trop trop vivants. Pas morts non plus hein, mais quand même bien démembrés. Alors on votera la suite. Moins par conviction que par trouille que les rescapés nous demandent des comptes.

Et puis les rues ne seront plus sûres. Chez les ploucs ou dans les quartiers pauvres, ça ne sera pas une nouveauté : c’est déjà la jungle. Mais dans les quartiers plus respectables, vers la Rotonde ou partout où Rantanplan pose ses phéromones à l’appel de sa patte arrière du milieu, la mégère frémit : si son Yorkshire pisse par inadvertance sur un pétard, la voilà partie en orbite et son brushing violet risque fort de revenir en « photo non contractuelle ». Au prix que ça coûte, faites un geste commercial sinon j’adhère à la CGT. Et je vous promets que ça va faire du barouf à Neuilly.

Quand on pense qu’il n’y a même pas cent ans, des poignées de connards désœuvrés faisaient péter des voies ferrées et des ponts. On était moins chochottes à l’époque : on les fusillait. On les chatouillait un peu aussi, parfois, mais juste pour « rendre service ». Maintenant, on est obligé de se justifier à chaque fois qu’on les mutile un petit peu ou qu’on leur fait un petit croche-patte bon enfant. Saleté de socialo-bolcheviques ! Anti-pinochetistes primaires et viscéraux, tiens, va.

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